François Pluchart (1937-1989)

Biographie

François Pluchart est né le 5 août 1937 à Montmorency (95). Il est décédé le 8 novembre 1988.

François Pluchart mène de front les fonctions de journaliste, essayiste, critique d'art et théoricien de l'art corporel critique et sociologique, mais aussi celle d'enseignant [à l'E.N.A.D. (Nice); à l'école nationale des beaux-arts de Nancy; à La Sorbonne (Paris)]. Ses écrits manifestent ouvertement la volonté de transmettre une information immédiate et accessible à tous.

La critique journalistique

Chroniqueur puis directeur des pages sur l'art dans le journal Combat, François Pluchart a signé de nombreuses collaborations dans la presse généraliste (Le Quotidien de Paris, Libération), mais aussi dans des mensuels sur les arts décoratifs et la vente (ABC Décor, Le Nouveau Chineur, La Cote des Antiquités) et dans la presse plus spécialisée dans l'art (Flash art, XXe siècle, Artefactum, Artension). Il est également l'auteur de plusieurs ouvrages issus de ses chroniques régulières dans la presse et de ses recherches sur l'art contemporain. En 1967, par exemple, François Pluchart réunit dans l'essai Du Cubisme à l'Abstraction réaliste [Paris: Presses continentales, 1967, (Les Documents Français)] les repères essentiels d'une histoire de la peinture de Braque et Picasso à Balanci. Complété par une chronologie, ce manuel de la peinture affirme les étapes essentielles d'un cheminement pictural qui évolue de l'abstraction vers les représentants les plus actifs d'un retour au réalisme (Martial Raysse, Peter Stämpfli ou Jean-Pierre Raynaud), que François Pluchart défend avec ferveur dans Combat, et dans arTitudes international.

Les années à Combat

L'activité critique de François Pluchart débute en 1959, à l'âge de 22 ans, dans les pages du quotidien parisien Combat: le journal de Paris. De la résistance à la Révolution. Elle arrive à sa pleine maturité dans les années 1960-1970.
Manifestement, affirmer des choix et écrire sur l'art ne peut s'envisager, selon François Pluchart, que sous l'angle primordial de la personnalité de l'artiste qui incarne à lui seul la radicalité d'un geste que le critique choisit ou non d'inscrire dans l'histoire. Les premiers textes de François Pluchart dans Combat illustrent déjà un ton très personnel et une vision de l'actualité perçue à travers un choix d'artistes et de pratiques isolées. Jean Dubuffet ou Jean Piaubert font partie de quelques-unes des personnalités de la peinture que François Pluchart y défend face à une Ecole de Paris, un contexte néo-surréaliste et une Abstraction lyrique omniprésents dans la presse de l'époque. Les positions gauchistes et libertaires du journal Combat lui autorisent l'affirmation de choix artistiques allant souvent à contre-courant de l'académisme et n'hésitant pas à dénoncer les abus politiques, sociaux et institutionnels ayant trait à l'art. Les chroniques de François Pluchart dans Combat sont ponctuellement complétées par des comptes rendus de Henry Chapier, Pierre Cabanne, Pierre Restany, Joël Derval ou Jacques Darriulat.

Les années de formation et d'affirmation de ses choix critiques, passées à Combat, lui occasionnent avant tout une place de témoin face à l'émergence du Nouveau réalisme, du Pop art, ainsi que des avant-gardes des années soixante et soixante-dix. Le rendu qu'il en donne passe toujours par l'actualité d'une manifestation publique. Ce qui marque l'époque, ce qui fait scandale, la censure, le rôle et la condition sociale de l'artiste, mais surtout la pratique d'artistes qui portent une attention particulière à une réalité ''perturbatrice'' et ''exaltante'' (adjectifs qui reviennent souvent sous la plume de François Pluchart), et ceux que François Pluchart appelle les ''oubliés'' ou les ''marginaux'' de l'actualité (Balanci, Léopold Survage ou Jean Piaubert) motivent prioritairement ses choix. Dans les textes exaltés de François Pluchart, ces figures, non considérées à leur juste valeur selon le critique, se voient alors investies d'une dimension particulière. La plume romantique et littéraire de François Pluchart condamne souvent l'aveuglement et la superficialité d'une époque qui ne sait pas reconnaître ses héros.

La publication, en 1971, de l'ouvrage Pop art & Cie: 1960-1970 (Paris: Editions Martin-Malburet) synthétise une quinzaine d'années de l'activité critique de François Pluchart pendant lesquelles il a été le témoin, puis le porte-parole et le partisan de pratiques assimilées au Nouveau réalisme, au Pop art, jusqu'aux tendances plus contemporaines des années 1970. Elle est aussi entre autres l'occasion de valoriser la pratique d'un art du geste, ou d'un art de l'action qui, comme l'écrit son auteur, « a ouvert sur une voie incomparablement plus féconde, celle de l'art corporel.»


Les débuts d'une réflexion critique et sociologique

Le parcours critique de François Pluchart prend de fait ses racines dans la diversité d'une actualité dont le journaliste est indubitablement dépendant. Privilégiant la ''singularité'' de l'artiste, et la mise au service de l'art d'une plume engagée et active qui attaque les valeurs traditionnelles de l'art, François Pluchart développe pendant ses années à Combat (de 1959 à 1974) une approche qui appelle un prolongement inévitable dans un support ''parallèle'' plus spécialisé. Dans le champ de la critique d'art, Pierre Restany et Otto Hahn encouragent François Pluchart dans l'écriture et l'affirmation d'un art ''d'après la peinture'', d'un art du corps élaboré en complicité avec l'artiste Michel Journiac dès 1968. François Pluchart sera même ponctuellement à l'origine de certaines actions de Michel Journiac, comme celle du Chèque ou celle du référendum du 27 avril 1970.

Peu à peu la complicité de François Pluchart avec Michel Journiac, Hervé Fischer et Gina Pane encourage le critique dans une réflexion critique et sociologique en étroite symbiose avec les pratiques dont il se fait le porte-parole. Après Combat, dans les pages duquel François Pluchart ne manque pas de faire connaître l'actualité des artistes qu'il suit très régulièrement, la revue arTitudes devient le support le plus immédiat et le plus transparent -encore aujourd'hui- sur l'art corporel et sur l'art sociologique. Et c'est précisément à travers la personnalité des artistes comme Michel Journiac (François Pluchart le défend d'abord pour le caractère subversif et l'énergie poétique qui se dégagent de son œuvre -d'abord pictural-), que François Pluchart puise dès 1968 les premières pages de son histoire d'un art du corps avant tout critique et sociologique.

L'histoire de la revue arTitudes

C'est en octobre 1971 que paraît le premier numéro de la revue arTitudes. Huit livraisons se succèderont jusqu'en septembre 1972.
ArTitudes joue le rôle d'un médium indépendant où le dialogue avec les artistes, les débats, l'analyse et l'écriture dressent les premiers jalons d'une histoire ''particulière''. Plus qu'un discours promotionnel, le discours sur l'art corporel se doit de questionner les conditions de perception et de réception des actions dont la revue se fait l'écho.

Michel Journiac et Gina Pane, en particulier, ne cesseront pas d'être les artistes de référence de la réflexion critique que François Pluchart entame dès 1968 sur ce qu'il n'a pas encore nommé ''l'Art corporel''. Ces artistes, mais aussi Vito Acconci, les artistes de l'Actionnisme viennois ou encore Ben illustrent le ''passage au schéma corporel, au corps utilisé comme matériel artistique'' tel que François Pluchart l'énonce dans arTitudes à partir de 1971 et tel qu'il en réaffirmera l'émergence dans le ''deuxième manifeste de l'art corporel'' rédigé en 1977. Ces artistes réunissent les composantes de ce ''schéma corporel'', perçu comme un geste radical, qui « veut tout à la fois modifier la forme, la signification et la portée de l'œuvre d'art, transformer le lieu culturel et créer les liens d'une véritable participation collective » (PLUCHART, François. ''Le Coup de Journiac'', Combat, n°7678, lundi 10 mars 1969, p.8-9).

Revoyant sa maquette et étoffant sa pagination, arTitudes paraît à nouveau en octobre-novembre de la même année mais sous l'appellation d'arTitudes international. Quarante-cinq numéros d'arTitudes international seront publiés, jusqu'en juillet-septembre 1977, autour de thèmes ou de dossiers permettant d'aborder l'actualité selon un angle de vue choisi: ''Les Langages'' ‘(n°15/17), ''L'Indécence'' (n°21/23), ''Les Marginaux'' (n°24/26), ''La Cuisine'' (n°39/44)...

François Pluchart donnera aussi naissance en octobre 1975 au magazine culturel Info-arTitudes: Arts spectacles littérature nouveaux media ventes publiques. Vingt numéros d'Info-arTitudes seront publiés en complément d'arTitudes, jusqu'en juillet-septembre 1977. L'existence de ce journal d'information montre l'incapacité de François Pluchart à se fermer dans la défense d'une voie -déjà fortement marquée par l'Art corporel critique et sociologique-, et la volonté de rester dans une position plus ouverte: celle d'un journaliste et essayiste attentif à son époque.

François Pluchart et les revues

Par amour des revues et du potentiel qu'elles représentent en tant que support de diffusion pédagogique et critique, François Pluchart tentera de lancer d'autres initiatives (comme Moi en 1981, magazine mêlant la musique, la mode et l'art). Dans un dernier élan, il prend en charge la réalisation du magazine parisien L'Art vivant. Il fallait oser reprendre le flambeau d'une revue financée par la galerie Maeght, sous un titre rappelant le nom de son aînée: Chroniques de l'art vivant (1968-1975, sous la direction de Jean Clair). En décembre 1976, Adrien Maeght avait déjà tenté de redonner vie aux Chroniques de l'art vivant. Identifiée sous le titre générique de L'Art vivant Chroniques, la revue s'apparente alors à une lettre d'information en lien direct avec les orientations de la galerie Maeght. C'est finalement en avril 1984 qu'Adrien Maeght confie la rédaction de L'Art vivant à François Pluchart. Plus proche de la formule du magazine, L'Art vivant connaît un nouveau tournant et cessera de paraître définitivement avec sa douzième livraison pendant l'été 1985.

Sylvie Mokhtari

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