Chantal Pontbriand
Biographie
Chantal Pontbriand, critique d'art et commissaire, est directrice-fondatrice de la revue d’art contemporain Parachute. Après avoir étudié l'histoire de l'art, la littérature comparée et l'administration de l'art à l'Université du Québec à Montréal, elle suit les séminaires de Louis Marin et de Jean-François Lyotard à Montréal, ce qui la marque profondément. Elle commence son activité de critique et de commissaire alors qu'elle est encore étudiante. Après avoir collaboré à diverses revues canadiennes et étrangères, dont Artscanada, Vie des Arts et Flashart, elle fonde Parachute en 1975.
Sous sa direction, 125 numéros sont parus. Parachute contribue à renouveler le discours de la critique d'art, s'appuyant sur les nouvelles formes d'art et leurs fondements théoriques apparus dans les années soixante-dix: performance, installation, nouveaux médias, photographie. La revue connaît un rayonnement international depuis ses débuts et constitue un outil de référence indispensable pour la connaissance de l'art contemporain canadien et international. (Cf. www.parachute.ca). En 2000, le concept de la revue a été entièrement renouvelé sur le plan du format et du contenu. Le principe de quatre numéros par année ayant été maintenu, chaque numéro a par la suite porté sur un sujet, un axe conceptuel visant à identifier et explorer les principaux enjeux de notre contemporanéité. Une fois par an, un numéro a été consacré à une "ville d'émergence", l'une de ces villes dans le monde dont les pratiques artistiques inusitées surgissent d'un contexte particulièrement névralgique et qu'on peut identifier comme une ville-laboratoire de la vie actuelle et à venir. Les numéros depuis 2000 s'intitulent : Idée de la communauté, Economies, Electrosons, Mouvances de l'image, Démocratie, Résistance, Ecrans numériques, "Design", X-Humain: sciences cognitives/intelligence artificielle, Frontières, Travail, Violence, Mexico, Beyrouth, Shanghai, Sao Paulo, La Havane. La revue Parachute est suspendue depuis 2007, dans l’attente de nouveaux développements.
Depuis 1970, Chantal Pontbriand a été responsable de la tenue de plusieurs manifestations d'art contemporain, dont plus de vingt-cinq expositions et quinze festivals internationaux. À titre de productrice indépendante, ou de membre-directeur de la galerie Véhicule Art (1973-75) et de chef du Service des Programmes publics du Musée des beaux-arts de Montréal (1976-79), elle a conçu et organisé des expositions d'artistes canadiens et internationaux, ainsi que des programmes de vidéos, films, musique, danse, performances et conférences axés sur l'art actuel (premiers spectacles de Philip Glass, Steve Reich, Terry Riley et Trisha Brown à Montréal, premières expositions vidéographiques et festivals de performances dans un musée à Montréal). En 1977, elle co-organise 03 23 03, premières rencontres internationales d'art contemporain à Montréal. En 1980, elle met sur pied Performance, un festival international et multidisciplinaire axé sur la postmodernité, auquel ont participé une trentaine d'artistes dont Richard Foreman, Robert Wilson, Laurie Anderson, Daniel Buren, Dan Graham et Michael Asher qui tous étaient présentés au Canada pour la première fois. L'évènement comprend un colloque international sur la performance et la postmodernité auquel elle convie des figures de la théorie tant américaine qu'européenne (Thierry De Duve, Jean-François Lyotard, Guy Scarpetta, Douglas Crimp, Hal Foster, Craig Owens).
Toujours en 1980, Chantal Pontbriand est l'un des quatre conservateurs invités par le Musée des beaux-arts du Canada pour Pluralités, exposition marquant le centenaire de l'institution. Depuis, elle a organisé plusieurs autres expositions, dont Henri Pontbriand, ténor canadien, à la London Regional Art Gallery (1984) et La Ruse historique, l'art à Montréal, au Power Plant à Toronto (1988). En 1990, elle a été nommée commissaire du Canada à la Biennale de Venise, où elle a présenté Geneviève Cadieux. De 1991 à 1993, elle a restructuré la compagnie de danse La La La Human Steps. En 2001, elle a été conseillère et membre du jury du Grand Prix du Millenium, exposition internationale au Musée des beaux-arts du Canada. En 2009, elle était commissaire de l'exposition HF|RG [Harun Farocki|Rodney Graham] au Jeu de Paume à Paris.
Chantal Pontbriand a aussi été cofondatrice en 1982 du Festival international de nouvelle danse, dont elle a assumé la présidence et la direction jusqu’à sa fermeture en 2004. Elle en a articulé les grands axes de développement, programmé les plus grandes compagnies de danse contemporaine et fait découvrir de nombreuses nouvelles figures issues de diverses régions du monde. Elle a coordonné les volets spéciaux sur les pays suivants: France (1987), Japon (1989), Belgique (1991), Canada (1992), Grande-Bretagne (1993), Pays-Bas (1995), Espagne et Portugal (1997), et en 1999, une thématique sur l'Afrique, obtenant la collaboration des gouvernements en question et établissant de nombreux partenariats avec des institutions locales et internationales. L'un des objectifs du FIND étant de légitimer le phénomène de la nouvelle danse au sein des disciplines artistiques et de consolider sa place auprès d'un plus large public. La "cartographie" établie au fil des ans visait à identifier les nouveaux pôles de développement pour la danse actuelle au fur et à mesure que ces derniers se cristallisaient par l'intensité de leur créativité.
En 2001, elle insuffle un nouveau virage au FIND avec le grand labo: corps, son, image, mettant l'accent sur le processus de création autant que sur le spectacle vivant, sur l’image et le son. Laboratoire in vivo, une idée qui avait fait son chemin au sein du festival au cours des années quatre-vingt-dix,la programmation cherchait dorénavant à intégrer davantage de nouvelles dynamiques entre artistes et spectateurs, en plus de mettre l'accent sur les processus plutôt que sur le spectacle. De plus, la composante "performance" présente dans la danse était mise de l'avant plus que jamais, rejoignant l'univers des arts plastiques, de même que les interactions interdisciplinaires. Cette direction s'est trouvé à intensifier la ligne artistique du festival présente dès ses débuts, fortement rattachée aux arts plastiques et axée sur la performance et la multidisciplinarité. Au FIND sont programmés entre autres: Merce Cunningham, Pina Bausch, Trisha Brown, Rosas (Anne Teresa de Keersmaeker), Jean-Claude Gallotta, Karas, Kazuo Ohno, Frankfurt Ballet (William Forsythe), DV8 (Lloyd Newson), Xavier Le Roy, Jérôme Bel, Boris Charmatz, Tino Seghal, Vera Mantero, Angels Margarit, Douglas Gordon, Carlos Amorales, Matthew Barney, Sharon Lockhardt.
Cumulativement, les onze éditions et activités en saison comprennent la présentation de 600 spectacles de 20 pays et de nombreuses expositions, programmations de films et de vidéos, et la tenue de rencontres, de colloques et de laboratoires de discussion. Chantal Pontbriand s'est particulièrement intéressée à la reconnaissance et à la diffusion de la danse québécoise et canadienne, et à celle des nouvelles figures d'autres pays, sur la scène internationale et a mis sur pied les Rencontres professionnelles du FIND dans ce but, accueillant ainsi plus de 1000 directeurs de théâtres et de festivals de 25 pays, entre 1985 et 2003. Le Festival international de nouvelle danse a reçu le Grand Prix du Conseil des arts de la Communauté urbaine de Montréal en 1995.Dès sa fondation, le Festival s'est taillé une réputation internationale pour la qualité et l'inventivité de sa programmation et pour la portée de son engagement à faire de Montréal une capitale mondiale de danse.
Chantal Pontbriand a organisé de nombreux colloques et laboratoires de discussion dans différentes villes du monde sur l'art contemporain et ses enjeux, les nouvelles technologies, la mondialisation et les musées. Les "Parazones", souvent présentés en rapport avec les numéros de Parachute sur les villes d'émergence, ont eu lieu, entre autres, à Mexico, à Beyrouth, à Sao Paulo, à Shanghai et à La Havane.
Parallèlement à ces activités, Chantal Pontbriand a publié plus de deux cents essais dans des revues et dans des catalogues de différents pays. Récemment, elle a publié sur Rabih Mroué, Carsten Höller, Rikrit Tiravanija, Douglas Gordon, Philippe Parreno, Johan Creten et Yvonne Rainer.
Outre la publication des actes des colloques qu'elle a dirigé dont Performance: Text(e)s & Documents (1981), l’un des premiers ouvrages consacrés au postmodernisme dans le champ de l’art, Danse, langage propre et métissage culturel (2001), et Art et Psychanalyse, ma manière de travailler (2001), Chantal Pontbriand a publié Fragments critiques, un recueil de textes choisis entre 1978 et 1998, Communauté et Gestes, avec des textes sélectionnés entre 1998 et 2000, et Parachute : Essais choisis (1975-2000), à La Lettre Volée, en 2004. (Cette anthologie paraîtra sous peu en d’autres langues.) Ses textes portent sur les enjeux de notre contemporanéité, vus à travers les pratiques novatrices de la performance, de la vidéo, de la photographie, et des installations in situ ou multimédia. Parallèlement à la démarche poursuivie avec la revue Parachute, elle privilégie le développement d'approches théoriques issues des oeuvres, et qui leur sont contemporaines. Ses derniers écrits se concentrent sur les ressorts de la subjectivité et sur la question de l'être-ensemble, à travers les formes discursives que prennent ces enjeux dans les pratiques contemporaines.
Chantal Pontbriand donne régulièrement des conférences dans les musées et les universités. Elle a été appelée à siéger sur des jurys internationaux, dont ceux de FidMarseille, festival du film documentaire, le Prix du Millenium du Canada, la Biennale de l'Art africain contemporain, du Dance Screen Video Competition, du Festival international du film sur l'art et du Monaco Dance Award et a participé régulièrement à des jurys du Prix Chalmers, du Conseil des Arts du Canada et du Gouvernement du Québec. Comme professeur invitée, elle a donné des séminaires sur l'art contemporain et ses nouvelles formes à l'Université Concordia, à l'Université du Québec à Montréal et au Banff School of Fine Arts. Elle a siégé sur plusieurs comités et conseils d'administration, en plus de ceux du FIND et de Parachute, dont le Festival Metropolis Bleu, la Leonard and Bina Ellen Art Gallery de l'université Concordia, le Comité des acquisitions du Musée d'art contemporain de Montréal, et en 2002-03, le Groupe-Conseil sur la politique culturelle de la Ville de Montréal
Elle est membre de l'AICA (Association internationale des critiques d'art) et membre du Bureau de direction de l'IKT (Association internationale des conservateurs en art contemporain). En 2008, elle a organisé et accueilli à Montréal le Congrès annuel de l'IKT, qui se tenait pour la première fois en dehors de l'Europe.
En plus de ce qui est conservé aux Archives de la critique d'art à Rennes, ses archives personnelles sont déposées aux Archives Nationales du Québec, à Montréal, de même que celles du Festival international de nouvelle danse (1982-2004), et de Parachute (1975-2007).
Outre le Grand Prix de la Ville de Montréal pour le FIND en 1995, elle a été à plusieurs reprises boursière du Conseil des arts du Canada et du Conseil des arts et lettres du Québec pour ses activités de critique et de commissaire.
Chantal Pontbriand a une connaissance approfondie de la scène internationale des arts visuels, des musées et de la danse. Elle est plusieurs mois par année en Amérique du Nord et du Sud, en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique, et en Asie, dans le cadre de voyages de recherche ou de développement de partenariats et de projets avec des gouvernements et institutions de différents pays. Depuis 2004, elle vit entre Montréal et Paris.
En mai 2010, Chantal Pontbriand a été nommée directrice du développement et de la recherche sur les expositions à la Tate Modern à Londres.