Biennale de Paris

C’est dans un contexte très favorable à l’actualité artistique que naît en octobre 1959 la première Biennale de Paris. Politiquement, le dynamisme suscité par la venue du Général de Gaulle au pouvoir se traduit dans plusieurs domaines et notamment par la création du ministère de la Culture dirigé par André Malraux.
Face aux manifestations internationales telles que les Biennales de Sao Paulo et de Venise qui rendent hommage à des artistes consacrés, Raymond Cogniat, commissaire du pavillon français à Venise, propose en 1958 à André Malraux de mettre en place à Paris une manifestation bisannuelle dont l’objectif serait de présenter un panorama de la jeune création internationale. Pour créer cette spécification, il limite la participation aux jeunes artistes de vingt à trente-cinq ans.
Avec le soutien de l’État, du département de la Seine, de la ville de Paris et en tenant compte des contraintes d’un budget limité, la Biennale de Paris s’installe au Musée d’art moderne de la ville de Paris.
Afin de mettre en place un choix cohérent, Raymond Cogniat, devenu Délégué général, reprend le système de sélection des autres biennales existantes. Il fait appel aux Ambassades étrangères afin que celles-ci envoient leur sélection par le biais d’un commissaire de moins de trente-cinq ans. C’est dans le fonctionnement de la section française que la sélection diffère. Elle repose sur le choix de quatre jurys. Le premier se compose de jeunes critiques dont Georges Boudaille, Alain Jouffroy, Gérard Gassiot-Talabot, Jean-Jacques Lévêque, Raoul-Jean Moulin, José Pierre, Michel Ragon, Pierre Restany, Guido Weelen. Le second jury est composé de dix jeunes artistes représentatifs d’écoles d’art et de salons parmi lesquels Edouardo Arroyo, Jean Criton, Alain Dufour, Miguel Berrocal, Henri Cueco et Michel Dufaux. Le troisième est constitué des membres du Conseil d’Administration et le dernier d’une sélection régionale.
Un jury international décerne les prix et récompenses.
Malgré son faible budget, cette première Biennale mise en scène par l’architecte Pierre Faucheux est un succès. A la confrontation internationale viennent se joindre plusieurs manifestations dans les galeries et au Musée Rodin. Une section spéciale intitulée « Jeunesse des Maîtres » expose les oeuvres de jeunesse des peintres du début du siècle (E.D. Vuillard, F. Léger, M. Ernst).
La pertinence des choix opérés permet d’une part la confrontation d’une avant-garde sélective à un vaste panorama de l’art international, et d’autre part le rassemblement d’individus qui se révéleront être des artistes de premier plan dans les années suivantes : Yves Klein, Jean Tinguely, Robert Rauschenberg.
Très vite la biennale attire un public d’amateurs et de curieux qui découvre dans le cadre du musée l’actualité internationale de l’art.
De 1959 à 1969, la Biennale de Paris essaie de maintenir un équilibre entre toutes ses productions. En 1961, elle garde ses positions et les artistes présents renforcent l’intérêt des organisateurs à suivre le renouvellement de l’art contemporain. Peu à peu, le succès se confirme par une participation internationale de plus en plus forte. En 1961, le Pop Art anglais est présent avec David Hockney, Christo empaquette une moto, et les artistes se rassemblent pour des activités expérimentales collectives comme le GRAV (Groupe de Recherche en Art Visuel). En 1965, le groupe Zéro s’élance avec Günther Uecker, Heinz Mack et Otto Piene alors que l’on voit apparaître en France des artistes marginaux loin du courant abstrait comme Christian Boltanski, Jean Le Gac, Gérard Titus-Carmel, Niele Toroni, Bernar Venet. Le Jury couronne Daniel Buren.
En 1967, Raymond Cogniat, démissionnaire pour raison de santé, est remplacé par Jacques Lassaigne qui donne à la biennale un nouvel élan. Les manifestations annexes se développent. Jusqu’en 1969 seront accueillis les Minimalistes américains et l’Arte Povera italien (Michelangelo Pistolletto, Jannis Kounellis, Guilio Paolini, Pino Pascali), tandis que les premiers groupes cinétiques s’affirmeront autour de Frank Popper. Les tensions politiques de 1968 viennent perturber l’équilibre fragile de la manifestation. Les artistes et intellectuels sont fortement présents dans la contestation des structures vieillies et sclérosées.
Dix ans se sont écoulés, et les institutions françaises ont développé une politique d’aide à la jeune création. La Biennale de Paris doit donc se trouver un nouveau chemin.
En 1971, Georges Boudaille est nommé à la tête de la manifestation. Il met en place un nouveau type d’exposition, conçu non plus sur le modèle des biennales, mais sur celui de la Documenta de Cassel. La Biennale de Paris s’exile loin du lieu muséal pour s’installer au Parc Floral de Vincennes. La jeune création qui avait tant de mal à faire valoir ses oeuvres dans les dix années précédentes se retrouve divisée en sections thématiques toujours en rapport avec l’actualité du moment.
Pour respecter la limite d’âge, ces sections sont montées par de nouveaux jeunes critiques. « L’Art conceptuel » est mis en place par Nathalie Aubergé, Catherine Millet et Alfred Pacquement tandis que Daniel Abadie, Jean Clair et Pierre Léonard s’occupent de « l’Hyperréalisme » et que Jean-Marc Poinsot présente une exposition intitulée « Envois ». Pour garder un caractère international, une « option 4 » est mise en place regroupant les sélections étrangères qui restent fidèles aux valeurs traditionnelles de l’art. La Biennale de Paris se spécialise dans l’avant-garde par le choix des critiques. Parmi les artistes présentés, on retrouve des artistes que l’histoire de l’art a retenus comme Dan Graham, Josef Kosuth, Guilio Paolini, Markus Raetz, Giuseppe Penone, Ulrich Ruckriem ou le groupe Supports/Surfaces ; l’art vidéo se développe. Très vite, Georges Boudaille allait s’apercevoir que ce type d’organisation trop lourde à gérer ne correspondait plus aux exigences de l’actualité de l’art. Aux sections internationales, il préfèrera une commission internationale pour opérer des choix spécifiques dans l’actualité tout en gardant la limite d’âge. Durant trois ans, le fonctionnement de la Biennale se centralise ainsi autour de cette commission composée par divers critiques d’art (Jean-Christophe Ammann, Don Foresta, Ad Petersen, Gerald Forty, Catherine Millet, Ole Henrik Moe, Raoul-Jean Moulin, Wolfgang Becker pour les manifestations de 1973 à 1977). Parmi les artistes présentés, on retrouve des personnalités qui s’affirment depuis quelques années comme Armleder, Christian Boltanski, Helmut Federle, Anne et Patrick Poirier, Anselm Kiefer. On note aussi l’émergence de la performance avec Ben D’Armagnac ou Mike Parr.
La centralisation autour d’une commission internationale qui est la dominante de ces trois dernières biennales s’avère insuffisante pour séduire le public. Les sélections de plus en plus tournées vers l’avantgarde réduisaient considérablement l’idée de confrontation internationale de jeunes artistes.
Les années quatre-vingts vont marquer les derniers bouleversements de la Biennale de Paris. En effet, en 1980 et en 1982, la biennale reprend ses sélections initiales par pays invités qui avaient manqué aux années précédentes. La sélection est alors confiée à une commission multipartite divisée entre des critiques d’art, des conservateurs, des artistes. La grande nouveauté est apportée par la mise en place d’une section d’architecture sous la direction de Jean Nouvel. Intégrée aux « Mille jours de l’architecture », cette section sera présente jusqu’à la dernière manifestation. Sa particularité était d’être indépendante, gérée par une commission internationale et possédant un catalogue indépendant. La Biennale s’essouffle et l’aide apportée par le ministère de Jack Lang (1981-1986) ne pourra se répercuter que pour la biennale suivante, en 1985.
La Biennale renaît alors sous l’intitulé « Nouvelle Biennale de Paris ». Grande exposition « rétrospective », la biennale a changé ses statuts en supprimant ce qui faisait jusqu’alors sa spécificité : la limite d’âge. Les artistes consacrés côtoient les plus jeunes dans la Grande Halle de la Villette, restaurée par Jean Nouvel.
On retrouve tous ceux qui marquèrent la biennale, J. Beuys, J. Tinguely, César, Takis, D. Hockney, E. Arroyo, N.J. Paik, les frères Di Rosa, R. Combas, et J-M. Basquiat pour la nouvelle génération.
Mais les dépenses passées, ainsi que celles provoquées par la restauration de la Grande Halle de la Villette ne suffirent pas à faire renaître une fois encore la Biennale de Paris. Ce déficit financier est à l’origine de la liquidation judiciaire de l’association qui supportait la manifestation.

Krystel Lavaur



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