avril 2020

20avr(avr 20)15 h 10 min30sept(sept 30)23 h 00 min30 ans des ACATribune du Président du Conseil scientifique et culturel

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Détails de l'événement

Archive
Une tribune de Jean-Marc Huitorel, 12-13 avril 2020
Président du Conseil scientifique et culturel des Archives de la critique d’art

Ceux qui ont pu assister, le 4 mars dernier, à la journée anniversaire des 30 ans des ACA se souviennent de l’intervention de Georges Didi-Huberman, qu’il avait intitulée Critique et pratique : la notation, l’archive, l’atlas. Ce titre contenait deux des termes qui fondent notre activité : la critique et l’archive. En lisant son dernier ouvrage, et n’était le risque qu’on interprétât cela comme une autopromotion, je me suis dit que Didi-Huberman aurait tout aussi bien pu prendre ce livre comme base et sujet de sa communication tant il correspond à ce qui nous importe, et aujourd’hui plus encore.
Eparses (2020, Ed. de Minuit) est le fruit d’un séjour de l’auteur à l’Institut historique juif de Varsovie où se trouvent les archives Emanuel Ringelblum, connues sous le nom d’Oyneg Shabes, une antiphrase qui signifie en yiddish « la joie du shabbat ». Ringelblum fut un brillant historien et l’un des dirigeants de la résistance puis du soulèvement du ghetto de Varsovie ; arrêté avec sa femme et son fils et tous les trois fusillés par les Nazis en mars 1944. Lui et ses amis eurent le temps d’enfouir les archives de cet espace-temps tragique, celles qu’ils collectèrent et celles qu’ils constituèrent par leurs propres écrits, ceux de Ringelblum en particulier. De ce qui put en être sauvé et aujourd’hui disponible aux chercheurs, on aura compris que la différence byzantine que nous faisons parfois entre document et archive n’a pas beaucoup de sens, du moins dans la phase de collectage. Pas plus, du point de vue des acteurs de l’époque, admirables de rigueur épistémologique, que la hiérarchie quant à l’intérêt de ce qui est collecté : « collectez autant que possible car dans cette histoire rien n’est insignifiant » (p. 84) ; « rien de ce qui eut jamais lieu n’est perdu pour l’histoire » (p. 87). On verra, entre bien d’autres choses, dans Eparses, un puissant et très émouvant hommage à l’idée même d’archive, à l’archive comme acte de résistance.
Contrairement à ce que d’aucuns prétendent, la pandémie du Covid-19 n’est pas la guerre. Toutefois il est à prévoir qu’il y aura désormais un avant et un après à cette période inédite de notre histoire et le monde de l’art, comme tous les secteurs de l’activité humaine, en sera profondément et durablement marqué. Réévaluation des critères, tris de toutes sortes, dégâts et disparitions, remises à plat de ce qui semblait aller de soi : l’art et ses mondes ne seront plus ce que l’on avait cru, un peu vite, qu’ils étaient. Partant, leur critique et leurs archives.
Mais une chose est sûre, plus que jamais nous devrons être attentifs à nos critères et observer à leur propos autant de rigueur que de prudence. A l’heure où notre GIS [groupement d’intérêt scientifique], dans sa première forme, entame ses derniers mois et que nous réfléchissons aux contours du prochain, il nous incombe de veiller à cette exigence en apparence contradictoire, en apparence seulement : collecter le plus possible, mais selon des critères qu’il nous faudra constamment définir.

Date / Heure

Avril 20 (Lundi) 15 h 10 min - Septembre 30 (Mercredi) 23 h 00 min

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